Marseille : la place de La Plaine, ou comment rater un aménagement que tout le monde attend

 par lemoniteur.fr

Alors que tout le monde s’accorde sur la nécessité de rénover la place Jean-Jaurès, espace public emblématique du centre de la ville, le projet fait l’objet aujourd’hui d’une opposition grandissante. Pour permettre au chantier de se dérouler sans heurts, la Soleam, concessionnaire de la Ville, a installé un mur de béton clôturant l’espace public.

 

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La Plaine, Noailles même combat – Mediapart 6 Novembre

par JEAN-PHILIPPE VAZ

Comment ne pas être en colère après l’effondrement de deux immeubles en plein centre ville de Marseille?

Nous sommes au lendemain de cette catastrophe qui n’a rien de naturelle et à l’heure où les pompiers et secouristes fouillent encore les décombres des immeubles effondrés à la recherche de survivant(e)s et de victimes, mon émotion est toujours aussi grande ainsi que ma colère…

A deux pas de la Plaine où la mairie, la Soleam, la préfecture de police ont employé les gros moyens (1000 tonnes de murs de béton de 2,50 de haut pour un coût de 390.000€ et l’envoi quotidien de compagnies de CRS-pour quel coût?) pour imposer par la force un projet controversé depuis 3 ans, des immeubles, que ces mêmes autorités savent vétustes, voir inhabitables, se sont effondrés sur les pauvres/précaires vivant dans le quartier de Noailles…

Marseille doit être une sorte d’exception Française (voir Européenne/mondiale), en effet le centre ville n’est pas (encore?) réservé à celles et ceux ayant les moyens et de nombreux quartiers sont populaires, peuplés par des personnes que la mairie souhaiterait voir être « remplacés » par d’autres au pouvoir d’achat plus en phase avec l’idée qu’ils/elles se font de Marseille…

Je vais « mettre les pieds dans le plat »…J’accuse la mairie (et celles et ceux qui y ont un intérêt financier) de laisser sciemment (et cyniquement) ces quartiers se délabrer afin de justifier l’éjection de cette population et son remplacement…

Sur la Plaine, c’est une dizaine d’années de laisser aller de la mairie (entretien de la voirie, des arbres, éclairage, déchets, etc) qui ont précédé ce « fameux » projet de « requalification » à 20 millions d’euros HT (il était annoncé à 11,5 millions au départ), à Noailles c’est « l’institutionnalisation » des marchands de sommeil et/ou de propriétaires n’effectuant aucun travaux (mais encaissant « loyers » et charges) et la gentrification par « petites » touches (la Soleam est maître d’œuvre de l’édification d’un hôtel 4 étoiles jouxtant le petit marché-dernièrement rénové-et les rues adjacentes emplies de commerces à petits prix de nourriture de tous les continents) qui est à l’œuvre…

Si vous vous promenez dans le quartier de Noailles, vous y entendrez tous les idiomes, y verrez toutes les couleurs de peau, respirerez les diverses odeurs d’épices et de nourriture et ce, très proche de « l’aseptisé » Vieux-Port (sur lequel chacun(e) pourra noter l’absence d’arbres par exemple et le peu ou absence d’équipement public-bancs, toilettes, points d’eau)…Cette « tache » (du point de vue de la mairie) que constitue le quartier de Noailles est intolérable, comme l’est la contestation du projet de « requalification » de la Plaine…

A chaque manifestation que nous avons mené depuis 3 ans contre cette « requalification », nous avons entonné un « la Plaine, Noailles, même combat » lorsque nos pas nous menaient à proximité (la Soleam a ses bureaux en face de l’hôtel en cours d’édification) de Noailles et le drame qui vient de toucher ce quartier ne peut être déconnecté de l’immense responsabilité de la mairie quant aux divers drames quotidiens que vivent de nombreuses personnes dans divers quartiers de la ville (certains n’ont plus accès à de l’eau potable depuis des dizaines d’années, par « exemple »)…

Ecrire est un exutoire, pour autant ma colère (et celle de nombreuses personnes de Noailles ou d’ailleurs) est immense et ne s’éteindra pas et la mairie (et ses complices) vont payer très cher leurs actes immondes…

Honte à eux…

Résistances…

Marseille, ville à deux vitesses – Article Liberation du 6 Novembre

Alors que de grands projets d’aménagement ont été lancés il y a plus de vingt ans, les quartiers les plus défavorisés, eux, restent délaissés.

Est-il question de la même ville ? D’un côté, la description de Marseille, par l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée sur son site : «Ville méditerranéenne durable de demain», «troisième quartier d’affaires de France», «référence dans le monde de l’urbanisme»… De l’autre, le portrait qu’en a dressé en 2013 l’économiste Philippe Langevin, alors maître de conférences à Aix-Marseille : «Les 10 % des ménages les plus riches gagnent plus de 15 fois plus […] que les plus pauvres. Cet écart ne se constate nulle part ailleurs. Plus qu’une ville pauvre, Marseille est une ville éclatée, dont l’unité de façade ne doit pas faire illusion.»

Qui dit vrai ? D’une certaine manière, les deux. D’un côté, Euroméditerranée affiche ses résultats. Depuis que l’Etat a lancé cette opération d’intérêt national sur Marseille il y a plus vingt ans, prenant de fait les rênes de la ville, les «directeurs successifs de l’établissement public qui la gère tentent de faire entrer la deuxième municipalité de France dans les clous des métropoles «normales».

Business

Ainsi, dans le périmètre de la première phase (1995-2015), sur l’ancien port industriel, Euroméditerranée a-t-il amené 5 200 entreprises et 37 000 emplois. Les anciens docks de la Joliette ont été transformés en bureaux. La tour de l’armateur CMA-CGM (dessinée par l’architecte Zaha Hadid), la récente tour La Marseillaise (due à Jean Nouvel), ainsi que la transformation d’un ancien embarcadère en centre commercial ont greffé sur Marseille un urbanisme de business un rien hors-sol, mais conforme aux goûts de la fin du XXe siècle.

Pour la deuxième phase, qui élargit le périmètre, Euroméditerranée colle cette fois à l’air du temps du XXIe siècle, et lance Smartseille, «laboratoire de l’écocité Méditerranée». Le projet coche toutes les cases : hybridation, numérique, collaboratif… Dans les nouveaux immeubles, bâtis par Eiffage ou Linkcity, les appartements sont proposés à plus de 3 000 euros le mètre carré. Tout cela a été élaboré «en parfait accord avec les collectivités et notamment la Ville de Marseille», affirme le dossier de présentation.

Ces grands plans sont-ils faits pour les habitants de Marseille ? Pas sûr. Là intervient l’autre vérité, celle des statistiques, telle qu’exposée par Philippe Langevin dans une étude (1) intitulée «Marseille, ville pauvre ?». Le point d’interrogation est superflu car la réponse est clairement affirmative. Certes, le chercheur admet que des indicateurs «témoignent d’une dynamique positive» alors que Marseille a été «longtemps considérée comme une ville entrepôt aux fréquentations douteuses». Mais le niveau de vie des habitants, lui, peine à progresser : «Marseille va mieux que les Marseillais», écrit-il.

«Survivre»

Le tableau qu’il dessine de la ville montre que les projections enchantées d’Euroméditerranée peuvent avoir un effet délétère. «Marseille isole de plus en plus la partie la plus précaire de ses habitants qui voient la ville se transformer sans qu’ils en aient leur part. Les nouveaux logements sont trop chers pour eux, les emplois créés ne leur sont pas accessibles, l’université leur est étrangère. Alors, ils se replient sans bruit sur des vies pauvres que la statistique ne connaît pas et que les cadres supérieurs, les ingénieurs et les aménageurs ne rencontrent jamais.»

Le système économique de la ville ne crée pas assez d’emplois «et le taux de chômage est structurellement plus élevé qu’au niveau national». A cela s’ajoute une pauvreté plus «intense» dans les Bouches-du-Rhône que dans le reste du pays. «Ce nouveau prolétariat fait peu parler de lui». Et pourtant, «protégé par les systèmes sociaux […], soudé par les communautés d’origine, bénéficiaire de l’entraide familiale, il construit d’autres Marseille sur une étonnante capacité à bricoler pour survivre». Malheureusement, ce type de compétences ne donne aucun accès au Marseille nouvelle manière.

Peut-on espérer que par ruissellement, Euroméditerrannée finisse par améliorer la situation des Marseillais ? Dans la métropole lilloise, l’opération Euralille, menée par des élus autrement plus actifs, n’a pas réussi à réduire les inégalités.

(1) Marseille, ville pauvre ? Une approche monétaire, de Philippe Langevin, maître de conférences à Aix-Marseille Université (2013).

Sibylle Vincendon